Héritage
dimanche 20 juillet 2008

On me dit "ce que vous faites me fait penser à untel"... Et alors ? Croit-on que l’artiste vienne juste de naître, vierge de toute influence ?

Nous sommes formés par notre regard depuis l’enfance et avons tous reçu, en ce qui concerne les peintres et sculpteurs au moins, une formation académique. Personne ne réinvente tout.

Braque ne fait-il pas penser à Picasso ? Et celui-ci n’est-il pas le semblable de Braque pendant toute une époque ? A un point tel qu’il est parfois impossible d’attribuer une œuvre à l’un ou à l’autre sans références extérieures. Picasso avait une solide formation classique, comme Braque d’ailleurs.

On ne dessine pas "les demoiselles d’Avignon" sans une parfaite connaissance du dessin d’anatomie. La déformation voulue de l’image nécessite, au préalable, une compréhension analytique du sujet, compréhension qui ne peut se faire qu’à partir d’un apprentissage classique. Gaston Chaissac lui-même avait déjà vu de la peinture lorsqu’il s’est mis à peindre, pour ne prendre que ce seul exemple. Il n’invente pas tout.

Nous sommes tous enfants d’un héritage. Ce qui importe, ce n’est pas l’héritage que nous avons reçu, c’est ce que nous en avons fait : y a-t-il, ou non, création originale ? Cela seul compte et doit servir de base au jugement.

Oui, j’assume ma filiation. Dans ce domaine Picasso fut mon père et Gauguin ma mère. Voilà quels sont les parents que je revendique. Je ne suis sans aucun doute que le rejeton bancal, peu doué et un peu demeuré de cette lignée, mais elle est la mienne.

On me prête un livre consacré à Aart Verhoog, un peintre hollandais contemporain. C’est intéressant. Il se dit très influencé par J.D. Ingres. Cela se sent. Je suis, pour ma part, très proche de la peinture du XVIle siècle hollandais. Il est vrai que mes œuvres sont très différentes. Mais mes thèmes sont les mêmes : la vie de tous les jours, les fumeurs et buveurs, les portraits et scènes dites "de genre".

Les gens n’envisagent les influences picturales qu’en termes d’imitation. L’imitation est sans intérêt. Ce qui compte ce sont les correspondances intimes, la façon d’appréhender le monde. J’aurais peu de sujets de discussion avec Ingres ou Mondrian, mais je me sentirais de plain pied avec ces vieux peintres hollandais.

Jean-Claude Forez