Réflexions
mardi 10 juin 2008

"Pour moi, peindre ou graver est d’abord un plaisir sensuel ; c’est le désir, le plaisir de faire. C’est aussi, parfois, le besoin d’exprimer une émotion, une sensation, une réaction à un événement extérieur, grand ou minuscule. Mais cette affirmation est très ambiguë car plaisir et souffrance s’associent lorsque j’aborde une feuille ou une toile vierge. C’est aussi une certaine violence."

"Au début, il y a l’idée, l’idée plastique, pas l’idée intellectuelle de l’écrivain ; idée qu’il faut parfois chercher douloureusement, extirper de la sensation de ne plus rien avoir à dire. D’autres fois, l’idée s’impose. Puis vient la forme et la construction qui concrétisent l’idée. Il faut forcer l’idée dans la forme et mouler la forme sur l’idée, c’est une lutte, cela marche ou non..."

"C’est le noir et non le blanc qui résume toutes les couleurs. Le blanc est le vide ; c’est le vide de la toile non née qui n’existe que grâce à la plus petite tache de couleur. Le blanc n’existe pas par lui-même mais par rapport au reste. Son intrusion dans la couleur ouvre un espace vide, un trou qui donne une sensation de profondeur."

"Le noir ne dialogue pas, il impose... il s’impose. Posé sur les autres couleurs, il les ordonne, les force à l’exprimer... Il est comme un coup de poing sur la table. Il faut l’utiliser seul ou bien le domestiquer. C’est souvent du noir que part la construction."

"Les couleurs ou les formes sont des émotions matérialisées, des signes... Comme les lettres. On peut les agencer comme le poète agence les mots. Le résultat nous échappe ; réussi ou raté, il fait rêver ou laisse indifférent. J’aime incorporer des lettres, vraies ou inventées, images de lettres, signes purement graphiques, dans la construction."

"La couleur et la forme font partie de la construction ; elles expriment l’idée. C’est là que se situe l’émotion. Ensuite, il y a le métier, la forme se complète graduellement, les couleurs s’assemblent, on les canalise, les organise, les équilibre... C’est la partie la plus facile malgré les périodes de doute où tout semble perdu. Puis l’ensemble s’équilibre, il reste à donner quelques touches, les accents, qui vont achever la construction."