Stèles
jeudi 21 août 2008

Gravées dans la pierre dure, les stèles sont censées commémorer les hauts faits de l’humanité. Celles dont il est question ici, celles du peintre, fragiles et impermanentes comme la vie, nous parlent de guerre et de batailles, de ces batailles, qu’on nous a toujours présentées, d’un côté comme de l’autre, telles de brillantes victoires - d’où ces couleurs chatoyantes, cette allégresse des formes - occultant ce fait capital que la guerre est toujours atroce et qu’à la fin il n’y a ni vainqueur ni vaincu.

Dans l’expression plastique, les formes se vêtent de noir, se surimposant aux couleurs de la vie, comme le sang qui s’égoutte avec la souffrance des hommes. Dans ces guerres qui furent les nôtres, seules les formes noires, symboles du désastre, s’imposent. Les contours du monde apparaissent improbables, juste suggérés d’un crayonné vague.

Les coordonnées géométriques, qui constituent nos repères habituels, ne sont plus que des lignes qui s’égarent, oubliant l’angle droit et la verticalité. L’horizon lui-même devient incertain.

Les belles phrases, les proclamations, sont maintenant dépourvues de signification. Elles ne sont que des textes illisibles, des gribouillis absurdes, des bribes de paroles privées de sens. Les lettres des noms des batailles sont dissociées, perdues à jamais.

Mais sous les formes noires, le bleu, le jaune et le rouge de la vie disent le refus d’accepter l’inacceptable.

"Mort où est ta victoire ?" (Daniel Rops)

Jean-Claude Forez

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